• 112

    — De quoi ? Semble s’étonner Yann, en direction de son camarade — que c’est con qu’il nique son couple ? C’est ça que tu ne comprends pas ? 

    — Et pourquoi est-ce que ça serait « con » ? Questionne une nouvelle fois le jeune pianiste, sur un ton que ses deux amis jugent suspicieux, voir agressif, — Vanessa, vous ne la voyez avec personne que Kylian ? C’est bien ça ?

    — Arrête ça tout de suite... tente de lui grogner Yann en déglutissant avec colère, — fais pas le con dans cette histoire, s’il-te plaît. Tu as bien vu ce qu’il s’est passé entre Tania, Romu, et moi. 

    — Là, c’est totalement différent, parce que... Kyle n’a jamais été mon meilleur ami, a moi, termine alors Erwan avant de se relever pour rejoindre sa chambre.

     

    Ses deux amis le regardent disparaître, complètement médusés par ce qu’il vient de leur faire comprendre.

    Pourtant, ils s’en doutaient tous au moins un peu.

    Oui. Qui, ici, ne se doutait pas que leur pianiste en pinçait fortement pour la jeune chanteuse de variétés ? Personne.

    Cependant, tous lui faisaient une confiance presque aveugle. Parce qu’il est droit. Honnête. Sincère et sans défauts. Parce qu’il n’est pas de ceux qui se permettent de poignarder les affaiblis. Parce qu’ils le respectent trop pour l’imaginer capable de semer la zizanie dans leur groupe, qui se relève à peine d’une profonde déchirure.

    Comme quoi.. Il faut apparemment réussir à croire que même les plus angéliques peuvent parfois révéler un côté des plus obscurs.

     

     

    Antissa — Posthumus ♪

     

     

     

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    Le lendemain, Kylian n’est pas au mieux de sa forme. Oh que non, puisqu’il est assis autour de la table de sa chambre d’hôtel, la tête posée dessus et les bras croisés. Ainsi, il espère se protéger le visage des rayons du soleil qui tentent de le réveiller pour le ramener à la réalité. Chose qu’il ne veut pas encore faire. Chose qu’il ne veut peut-être plus faire. Chose qu’il a sans doute peur de tenter désormais.

     

    112

     

    Hier soir ? Il n’a presque rien fait finalement. Non, il ne s’est même pas vengé...

    Il est tout simplement allé au restaurant avec sa petite amie du moment, Avril Lavigne, avant de la raccompagner sagement jusqu’à sa chambre. Il ne pouvait en faire plus. Il n’en avait peut-être plus la force. En fait, il n’en sait rien. Il ne sait plus.

    Il l’aime. Elle. Sa Vanessa. Oh, seigneur, qu’est-ce qu’il l’aime, sa Vanessa. Pour elle, il pense bien pouvoir se damner. Mais il l’a perdue. Mais il n’a aucun moyen de revenir sur le passé. De réparer ses fautes. De lui demander pardon.

    Aurai-elle cessée de l’aimer ? Vraiment ?

    Mais comment serait-il possible... Non. Elle ne peut pas.

    Comment pourrait-elle oublier tous ces mois de bonheur en un claquement de doigts ? Non...

    C’est impossible.. Elle ne peut pas avoir la cruauté nécessaire pour révéler une telle indifférence face à leurs sentiments réciproques. Parce qu’il l’aime. Parce qu’elle l’aime. Et ça, il en est certain !

    Mais que faire... Que peut-il faire pour lui parler. Lui prendre à nouveau la main. Lui asséner un regard des plus malheureux pour lui exprimer son malaise. Lui faire comprendre son amour démesuré. Que peut-il faire... Vraiment.. Que peut-il faire..

     

    L’heure tourne. Il devrait maintenant s’habiller pour rejoindre ses amis au local. Parce que ce matin, ils sont censés s’entrainer quelques heures, avant de se rendre en studio.

     

    Il soupire. Gémis. Déglutis, puis sanglote à nouveau. Renifle. Se gratte le nez. Gigote légèrement et s’enferme encore plus dans ses bras. Non. Ce matin, il n’ira pas rejoindre ses amis. Il n’en a pas envie. Il n’en a pas la force. S’il reçoit un coup de téléphone de l’un de ses camarades, il exprimera son désir de rester seul. Un peu. Le temps de souffler. De pleurer. De geindre, seul, ici, dans sa petite chambre d’hôtel, comme un idiot qui a tout perdu. Tout détruit. Tout saccagé.

     

     

     

     

    *

     

     

     

     

    Pendant ce temps, au local, l’ambiance est aussi morose que du côté de Kylian, voire un peu sceptique. En effet, Erwan n’a pas été vu ce matin. Sa chambre s’est révélée vacante lorsque ses amis ont fini par y pénétrer, après avoir toqué au moins une dizaine de fois a la porte. 

    Avec un pianiste et un chanteur en moins, ils n’iront pas bien loin aujourd’hui, ils en ont bien conscience. Mais fichtre, que peuvent-ils bien fabriquer à la fin ? Kylian... Serait-il à nouveau en train de déprimer ? C’est ce que se met à songer Romuald à haute voix, tandis que Yann grommelle de son côté, sur le nom d’Erwan.

     

    — On les appelle ? Propose alors Gérald pour tenter de trouver des réponses à ces absences — qui le fait ? Yann ? 

    — Chai pas, lui répond aussitôt celui-ci, — admettons qu’Erwan soit sorti hier soir et qu’il ait tout simplement découché chez une fille.. Ça la fout mal.

    — Kyle, faudrait l’appeler, intervient Romuald en grattant doucement les cordes de sa basse — il a sans doute fait des conneries la nuit dernière.

    — On devrait appeler Erwan en premier, reprend Yann avec sérieux — en fait, je ne pense pas qu’il soit chez une fille... Qu’est-ce que t’en penses toi, Romu ?

     

    Les deux amis se comprennent rapidement. Ces deux amis sont toujours sur la même longueur d’onde. Un clin d’œil, une intonation de voix, une mimique, et ils se font passer même les plus compliqués des messages.

     

    — Ça serait tordu ça, Yann... 

    — De quoi ? Tente de comprendre Zell en essayant de saisir les informations que ses camarades diffusent en vrac — vous savez où peut être Erwan ? 

    — Moi, j’en suis certain, se persuade Yann en fouillant les regards de ses compagnons — ça serait tordu, mais de toutes... Erwan est tordu.

    — Tu appèles Kyle ? Lui propose alors Romuald sans attendre — préviens-le. Qu’il y aille. Lui aussi.

    — Vous voulez dire qu’Erwan serait allé au... se met brusquement a saisir Gérald en sursautant d’effroi.

     

     

     

     

    *

     

     

     

     

    Ce n’est pas ce début d’automne qui empêchera ces vacanciers de profiter de la plage du camping où ils logent en ce début de septembre.

    Oh que non, puisqu’ici, tout le monde semble s’amuser et se prélasser dans la joie et la bonne humeur. 

    Tania et Vanessa ne font évidemment pas exceptions à la règle. 

    La brunette se dépêche de se glisser dans cette eau encore chaude et délicieuse, tandis que son amie préfère profiter des doux rayons du soleil, allongée sur sa serviette de bain.

     Ici, allongée, si paisible et sereine, Vanessa ne songe plus à rien.

    Ni a lui. Ni a lui.

    Ni au chanteur. Ni au pianiste. Ni a la trahison. Ni a l’amour. Ni a la rupture. Ni aux choix. Ni a la déception... Ni a... rien.

    Non. Ici, elle ne pense désormais plus à... rien.

    Et elle se sent bien. 

     

    112

     

    Et c’est peut-être pour cette raison qu’elle ne réalise pas tout de suite que quelqu’un vient de se planter derrière elle, pour se mettre à la taquiner affectueusement

     

    — Alors poupée, on fait sa crevette sur la plage ? 

    — Erwan ? sursaute-t-elle immédiatement en se redressant pour se rendre compte qu’en effet, elle ne s’est pas trompée : elle reconnaitrait cette voix entre mille... 

    — En personne ! L’informe alors le concerné de sa voix la plus séductrice, — ça va ?


  • 113

    — Oh la la, t’es trop beau comme ça mon poulet ! On dirait Dark Vador ! Le taquine-t-elle immédiatement, en se relevant du sol. Vite, vite, il faut qu’elle le salue. Elle est ravie de le voir ici. Ravie, excitée, joyeuse, et tout autre qualificatifs de sentiments heureux. Il lui a manqué. Elle doit bien le reconnaitre... 

    — Mal polie va ! Lui grogne-t-il l'air rieur, lorsqu’elle se plante devant lui, un large sourire sur les lèvres — tu me sautes même pas au cou ?? Mais c’est quoi cette meilleure amie, hein ??

    — Je t’admirais juste mon chou ! Comment t’es trop beau avec tes lunettes de stars ! Waouh !

     

    113

     

    — Moque-toi, moque-toi ! Lui rit-il alors, avant de l’attraper par les hanches pour la rapprocher et lui faire la bise. 

     

    Une bise bien étrange, songe rapidement Tania, à  quelques mètres de là, toujours dans l’eau et spectatrice de la scène. 

     

    Ses mains semblent baladeuses. Trop, au goût de la brunette. Il lui tient les hanches. Ne semble pas vouloir la lâcher. Ris avec elle. La garde près de lui. Il tente de la séduire... et c’est plus que flagrant. Tania fusille la scène du regard.

     

    — Personne ne t’a reconnu, petite star ? Taquine a nouveau la blondinette, toujours dans les bras de son, sois-disant ami. 

    — Nop, lui répond alors celui-ci, en feignant d’être profondément vexé, — personne, sauf... Tania. Qui m’a lancé un regard assassin tout à l’heure !

    — Ah mais non. Cela devait être un regard surpris, rien de plus, tente de le rassurer Vanessa avec un sourire affectueux, — elle t’aime bien, Tania.

    — Hummm... Je sais pas.

    — Tu es venu passer quelques jours sinon ? Et ça t’a pris comme ça ? Ou alors c’est parce que je te manquais trop ?

    — Voilà. Et puis on a rien à faire de particulier en ce moment, alors je me suis permis un petit break !

    — Bah c’est très bien que tu te le sois permis ! Tu vas voir, il est chouette ce camping, avec Tania on se marre bien ! Y’a de ces têtes ! Et une ambiance !

    — J’en doute pas !

    — Tu viens ? Je te montre où on s’est installées ! Tu as un sac ? Ou tu es venu les mains dans les poches ?

    — J’ai un sac à dos à la consigne. Enfin à l’entrée, à l’accueil quoi !

     

     

     

    *

     

     

     

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    Quelques heures plus tard, il fait maintenant nuit noire et les trois jeunes amis se détendent autour d’un feu de camp, après un copieux repas constitué essentiellement de gros hot-dogs bien gras. 

    Tania se prélasse sur un hamac, tandis que ses compagnons, à moins d’un mètre d’elle, se font griller des guimauves en se racontant mille et un faits divers. 

    Ils s’amusent. Ils ont l’air sereins et heureux. Mais surtout, et ça Tania en a bien conscience, ils jouent ensemble un amusant jeu de séduction. 

    Erwan. Ce type, elle ne l’a jamais vraiment apprécié. Pourquoi ? Peut-être a cause d’une certaine jalousie. Parce qu’il est, lui aussi, le meilleur ami de la blondinette.

     

    Quoique.. Non.

    Si elle n’a jamais vraiment su l’encadrer, c’est plutôt parce qu’elle l’a jugé fourbe.

    Oui, oui, Erwan est fourbe.

    Fourbe et hypocrite

     

    Il l’a toujours courtisée. Toujours. Dans l’ombre. Tel un rapace de la pire espèce. Il n’attendait que ça. Sa rupture avec Kylian. Il en rêvait la nuit, Tania en est certaine.

    Il suffit de le regarder là, ce soir, lui sourire bêtement, avec son air niais.

    Il ne rêve que de lui faire sauter sa petite culotte, ce salaud. C’est certain.

    Pfff. Pathétique. Un type pareil ne peut qu’être traité de « pathétique ».

    Et Vanessa ? Paumée. Et peut-être aussi, un peu hypocrite.

    Oui, parce qu’il faut l’être pour se remettre aussi vite d’une rupture, non ?

    Il suffit de la regarder agir avec lui... Souriante, joyeuse, et tellement détendue...

    À croire qu’elle est déjà sous le charme de pianiste maudit.

    Comme si elle aurait déjà oublié son Kylian.

    Cela surprend Tania... Sachant que son amie aimait son Pikachu plus que tout.

    Ce pianiste maudit serait-il si ensorcelant que ça ?

    Bof... Que peut-elle bien lui trouver finalement ?

    Froid, sarcastique, parfois désagréable.

    Trop sérieux, grognon, et bien souvent hautain.

    Non, franchement... Elle ne voit vraiment pas ce que sa meilleure amie peut lui trouver.

    A ce Dark Vador de pacotille.

     

    — Taniaaaa !!! la tire soudain de ses pensées Vanessa en se plantant brusquement devant son hamac, — on va se balader sur la plage avec Erwan. Alors tu bouges tes fesses, ou faut qu’on te traine de force ?? 

    — Eeuh, non merci, hausse les épaules Tania en cherchant du regard l’unique homme du trio, qui est a une vingtaine de mètres de là, en train d’attendre bêtement sa blondinette, — on va dire que j’ai pas vraiment envie de tenir la chandelle, justifie-t-elle ensuite a son amie, maintenant qu’elle s’est assuré que le pianiste maudit ne peut l’entendre. 

    — Qu’est-ce que tu racontes, tête de banane ? Se retient de rougir Vanessa, — on va se balader j’ai dit. Juste se balader. Tsss. Qu’est-ce que tu vas t’imaginer toi !

    C’est ça. C’est ça. Qu’ils continuent à la prendre pour une conne surtout... À croire qu’ils la pensent vraiment tombée de la dernière pluie. 

    — Non merci, je préfère rester là, vraiment, reprend-elle alors en forçant un sourire — mais allez-y. Je vous attends là.

    — Bah, nan, ça le fait pas. On va pas te laisser.. 

    — Vas-y Ness ! Te bile pas pour moi. Vas-y. Vraiment ! 

    — Ouais, mais...

    — Ness ! Dégage ! Va le rejoindre, va !

    — OK, OK, mais tu te fais pas de films alors, hein ? J’ai pas l’intention de..

    — Fais ce que tu veux Ness. Moi je le connais pas assez pour te juger.

    — C’est un ami... Rien de plus.

    — Fais ce que tu veux ! Je vous attends ici. À tout à l’heure !

    — OK tête de banane. Bah on revient vite de toutes, t’inquiètes !

    — Oui, oui ! Allez file ! Et puis banane-toi même !

     

    Ainsi, et parce que Tania a préféré les laisser seuls, sur la petite plage du camping, Erwan et Vanessa se retrouvent a faire, en tête à tête, un château de sable. 

    — Tu sais que je t’ai écrit une chanson, à toi ? Informe enfin Erwan à sa jeune amie, tout en continuant de modeler leur construction. 

    — Hein ? Une chanson ? Pour moi ? Ne manque pas de s’étonner Vanessa, avec un sourire timide, — mais quand ça ? Et elle est sur quoi ? Tu me la chantes ?

    — Là ? Maintenant ? Sans piano...? Ça risque d’être chaud. 

    — C’est pas grâveee!! se relève joyeusement la jeune femme, les yeux toujours rivés sur son interlocuteur qui ne tarde pas a l’imiter en lui répondant avec le sourire, — OK, je vais essayer alors ! Le titre c’est.. « Lili ». Pour des raisons de commodités...

     

    Une chanson. Il lui a écrit une chanson. Rien que pour elle.  

    Vanessa en devient cramoisie de gêne. Sa timidité en prend un coup et elle bénit sincèrement la présence de la nuit qui camoufle avec discrétion ses rougeurs naissantes.

     

    Que lui arrive-t-il. Son cœur bat la chamade. Elle le regarde les yeux brillants. Il fait quelques pas en direction de la mer, pour s’arrêter enfin là où les vagues viennent mourir, les unes après les autres. 

    Il commence à chanter. Cette voix... Quelle voix. Sublime. À la fois douce et grave. Mélodieuse et suave. Délicieuse. Envoûtante...

    Et ces paroles.

     

    Lili — Aaron ♪ 

     

    113

    Lili,take another walk out of your fake world
    please put all the drugs out of your hand
    you'll see that you can breathe without no back up
    so much stuff you've got to understand

    for every step in any walk
    any town of any thought
    i'll be your guide

    for every street of any scene
    any place you've never been
    i'll be your guide

    113

    lili,you know there's still a place for people like us
    the same blood runs in every hand
    you see it's not the wings that make the angel
    just have to move the bats out of your head

    for every step in any walk
    any town of any thought
    i'll be your guide

    for every street of any scene
    any place you've never been
    i'll be your guide

    113

    lili,easy as a kiss we'll find an answer
    put all your fears back in the shade
    don't become a ghost without no colour
    cause you're the best paint life ever made

    for every step in any walk
    any town of any thought
    i'll be your guide

    for every street of any scene
    any place you've never been
    i'll be your guide


  • 114

    Elle aurait dû le parier. Eh oui, Tania sait assister, de son hamac, à cette scène des plus romantiques.

     

     Elle le savait. Comme si Erwan s’intéressait au camping...

    Elle le savait.

    Dès qu’elle l’a aperçu, cet après-midi, elle connaissait déjà la raison de sa venue ici.

      

    Bah.. Tant qu’il la rend heureuse... finit-elle par se soupirer à elle-même en s’extirpant de son hamac. Elle décide d’aller faire sa toilette, pour se glisser dans sa tente et penser à son macaque qui lui manque.

      

    Il vaut mieux qu’elle les laisse seuls, en tête à tête.

    En nouveaux... amoureux ?

    Peut-être peuvent-ils s’assortir finalement...

    Quoique. Elle en doute tout de même. Erwan... Le pianiste fourbe ?

    Tsss.. Décidément, il est bien le seul qu’elle n’arrive pas encore à cerner. Sans savoir pourquoi cependant. Une personnalité étrange. Un regard riche mais bien trop brouillon pour pouvoir y lire un quelconque sentiment. Non, vraiment.. Ce type, elle ne l’analyse vraiment pas.

    Et cela l’effraie bien un petit peu.

    En espèrant que sa meilleure amie ne fasse pas une erreur, en se jetant ainsi, dans ses bras...

     

    — Seigneur dieu ! laisse-t-elle soudain échapper, alors qu’elle n’est plus qu’à quelques mètres des salles d’eau communes.

     

    Kylian. Oui, c’est bien Kylian qui se trouve brusquement devant elle.

    Elle le reconnaît bien, malgré ses lunettes noires de petite star.

     

    Sans attendre, elle lui lance joyeusement,

    — Et bien Kyky ? Tu t’es perdu ? Tu veux que je t’indique où est Berlin ??

    — Salut Tania. Où est Vanessa, s’il te plaît ?

     

    Aïe. Il est venu voir son ex. Évidemment.

     

    — Humm.. Elle dort là. Enfermée dans sa tente et son sac de couchage !

    — À 22 heures ? C’est pas son genre. Allez, Tania, c’est pas drôle. Elle est où votre tente ?

    — Eh eh, tu aimerais bien le savoir hein ?

    — T’es lourde...

    — T’es riche ? T’as ton carnet de chèques sur toi ?

     

    Du temps. Elle doit à tout prix gagner du temps. Au cas où les amoureux de la plage se décident à arrêter leurs mamours pour remonter vers la société.

     

    — Tania.. Tu me gonfles. Je suis pas d’humeur là.

    En effet. Il a le visage ravagé. Il a l’air épuisé. Fatigué. Éreinté. La jeune fille en a mal au cœur. Il est mal en point, ça se voit. Il vit mal cette rupture et pleure sans doute beaucoup.

     

    — OK, OK. Je vais l’appeler, lui fait-elle alors amicalement en lui tapotant sur l’épaule — tu restes ici, et je te l’amène. OK ?

    — Tu me caches quelque chose, lui grogne simplement Kylian en réponse, avant de la bousculer pour se mettre en chemin vers la tente qui se trouve derrière elle, a quelques mètres. C’est forcément la leur, puisqu’elle est arrivée de cette direction et c’est la dernière avant la plage.

    — Kyle !!! Arrête-toi !! tente de l’arrêter Tania en lui agrippant le bras pour le forcer a ralentir sa course. En vain, car il continue son chemin en la trainant derrière lui. 

    — C’est du viol d’intimité ce que tu fais là !! finit-elle par lui lancer, alors qu’il se rapproche de ce qu’il ne doit absolument pas découvrir, — Ness est malade, et elle dort là ! Ne la réveille pas, merde ! 

    — C’est ça. Fous-toi de ma gueule et je te dirai rien !! lui grogne-t-il a nouveau. Elle se moque de lui et il ne supporte pas ça. Il n’est pas aussi con qu’il en a l’air tout de même... 

    — Kyle, arrête.. Supplie une dernière fois Tania, le cœur maintenant serré. Il est en train d’ouvrir en grand la tente. Il va constater l’absence de son ex-petite amie. Il va se poser des questions. Et peut-être se mettre ensuite... à la chercher. 

    — Où est-elle ? Lui demande-t-il maintenant en finissant de fouiller du regard l’intérieur de la tente. — Elle est sortie ? C’est ça ? En boîte. Avec des mecs ?

    — Non.. 

    — Putain, merde, te fous pas de ma gueule Tania ! me fait pas ça à moi !

    Il se redresse. Pivote la tête vers la droite pour se retourner vers son interlocutrice. 

     

    114

     

    Soudain..

    Son regard chute sur une scène qui attire immédiatement son attention.

     

    114

     

    Une scène qui semble se dérouler sur la plage en contrebas. Sur le coup, il ne pense pas pouvoir y croire. Non. C’est impossible. Humm.. Ses yeux le trompent. Il regarde alors avec plus d’attention.

    Quelle est cette scène... ? Qui sont ces gens... ?

     

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    — Kyle.. Je.. Je suis désolée, se retient d’exploser en sanglots Tania. La douleur de son interlocuteur est palpable et elle se l’assimile parfaitement lorsqu’elle le voit figé devant le spectacle de ce couple amoureux, sur la plage.

     

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    — Erwan.. Et Vanessa ? Hausse-t-il finalement les épaules, tout en continuant de constater avec quelle douceur son ami pianiste enlace sans vergogne celle qui était sienne. 

    — Allez, recule maintenant, tente de lui ordonner tout bas Tania — tu en as assez vu, non ? C’est pas sérieux entre eux, t’inquiètes... Si tu dois parler a Ness, tu.. 

    — Ooh, regarde Tania, l’interrompt-il brusquement avec une ironie demeurée, — il lui grimpe dessus ! Oh oh oh, le petit coquin ! 

    — Kyle... Tu es masochiste ? 

    — Non. Juste idiot. Pourquoi ?

    — On va se manger une glace ? 

    — Non merci. Je veux continuer de les regarder. Ils sont si mignons, tous les deux. 

    — Ils ont beaucoup bu, tente de justifier Tania pour trouver une excuse aux coquins de la plage, même si cela est un mensonge. De toute manière, il n’ira pas vérifier leurs haleines pour vérifier la véracité de ses dires. 

    — Waouh, quel homme ! Continue d’ironiser Kylian, — viens voir comme il lui caresse les seins Tania ! Pfiou. Franchement. Je suis bluffé ! Je vais aller lui demander des cours de drague tiens ! 

    — Ça a l’air de t’amuser tout ça ? Commence a s’agacer Tania devant le petit jeu indifférent et faux de son ami, — j’sais pas Kyle, mais t’es con ou quoi ? C’est nul ce que tu vois là, et c’est rien. C’est du flanc. Alors tu arrêtes de regarder, tout de suite !

    — Pourquoi ? lui marmonne-t-il en ravalant sa salive — c’est un beau couple. Mon ex, et.. Un de mes amis. Y’a pas de soucis. Je le prends bien..

    — Tu restes ici. Moi je vais aller t’appeler Ness. D’accord ?

    — Non Tania. Ça sera pas la peine. Je me casse. Désolé encore d’avoir pointé le bout de mon nez dans vos petites vacances.

    — Allez arrête. C’est con tout ça. Vanessa, t’aimes encore et tu le sais.

    — Merci pour tout Tania.

     

    Ses grands yeux bleus sont déjà emplis de larmes lorsqu’il prononce cette phrase, tout en posant une main sur l’épaule de son interlocutrice.

     

    — Kyle.. Prends sur toi. Et attends de lui parler...

     

    Ne t’en va pas, tente-t-elle de lui faire comprendre ainsi, en vain...

    ...Parce qu’il commence déjà à s’éloigner, en lui lançant un dernier et amical,

     

    — Je ne suis pas venu Tania. Tu ne m’as pas vu. Tout ça reste entre nous... Tchuss !

    — Merde, non ! Kyle ! lui grogne-t-elle immédiatement pour qu’il revienne, tandis qu’il accélère le pas. S’éloigne de plus en plus... Disparais rapidement de son champ de vision.

     

    Pendant que sur la plage, les deux autres continuent de mêler leurs salives, entre caresses et mots doux murmurés.