• 026

     

    *

     

    — Attends Vanessa, ça serait vraiment idiot que tu t’en ailles comme ça, fait Tiphanie à la blondinette une fois qu’elle l’a rattrapée, — reviens s’il-te plait, tu fais une erreur...

    — Je ne crois pas...

    — Eh bien moi je crois que si, alors reviens et ne fait pas la tête de mule !

    Vanessa garde le silence. Elle ne sait plus quoi répondre à son interlocutrice et se sent trop mal pour tenter de le faire, de toute manière.

    — Écoute, reprend Tiphanie pour jouer les avocats du diable — mon frère, c’est un type génial, une perle, une crème ! Et jamais tu n’en trouveras un autre comme lui, jamais ! Alors crois en lui, il n’est vraiment pas le genre a se foutre des filles, en plus ! Je sais que tu crains qu’il soit sorti avec toi pour ta coiffure de cheveux, mais tu as tort ! Car cela se voit que tu lui plais vraiment, pour ce que tu es toi !

    — C’est mignon comme tu le protèges... Vous avez l’air très proches.

    — On est obligé de protéger le Kyky, parce que c’est une espèce en voie de disparition de nos jours ! Des types comme lui, y’en a plus ! D’ailleurs c’est bien simple, ce serait pas mon frère que je l’épouserais ! Non, mais tu l’as vu ? Mignon, adorable, choubachou, intelligent, talentueux, gentil, fin » je sais pas, mais faut se lever de bonne heure pour lui trouver un défaut quand même !

    — OK, OK, c’est l’homme idéal quoi ! L’interrompt Vanessa en laissant échapper un petit rire amusé face a cette description plus qu’élogieuse.

    — Oui, tout à fait, c’est l’homme idéal ! Et je le pense vraiment ! Bon bien sûr, comme tout homme normalement constitué, il peut parfois être pénible et chiant, mais toutes ses autres qualités compensent largement cette petite ombre au tableau !

    — Eh bien, on peut dire que j’ai perdu l’homme idéal alors, soupire Vanessa avec lassitude — parce que vu comme je me suis enfuie... Je veux dire que... quel homme irait rattraper une conne pareille ?

    — Lui ! Je le connais tellement que je peux te dire que là en ce moment, il est effondré sur sa tombe et il pense fort a toi.

    — Tu.. Tu crois ?

    — Et dans moins de deux minutes, tu vas le voir sortir du cimetière pour te chercher. Il s’excusera même pour t’avoir fait pleurer.

    — Tu es vraiment sûre de toi !


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    — Et pour cause... Tourne la tête sur la gauche, vite !

    En effet. Tiphanie n’était pas sure d’elle à tort, puisque Kylian est en train d’arriver vers elles à grandes enjambées.

     — Allez, je te la laisse Kyky, annonce vivement Tiphanie dès que son frère arrive à son niveau, — et tu ne la laisses plus s’échapper cette fois, hein !

    — Chut.. Lui marmonne Kylian celui-ci se dirigeant vers Vanessa, qui est désormais assise sous un abribus en essayant de garder un air calme et totalement indifférent.

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    — Pourquoi es-tu là ? lui souffle-t-elle une fois seule avec lui — tu n’as pas à me courir, je suis pas la femme de ta vie non plus...

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    — Hmmm... commence pas à me mettre des bâtons dans les roues... grommelées Kylian en enfonçant ses pouces dans ses poches de Jean.

     

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    — Bon, je pense que nous, on peut s’en aller, annonce Tiphanie à sa petite famille une fois qu’elle est de retour a leurs côtés.

    — Tu crois ? Lui demande sa mère pour confirmation, en jetant un œil vers son fils qui est planté un peu plus loin, avec sa petite amie, apparemment.

    — Si je te le dis ! Confirme fièrement Tiphanie avant d’attraper la main de son époux pour lui faire comprendre qu’il est temps pour eux de s’en aller maintenant.

     

     

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    — S’il te plaît, lève-toi de ce banc, demande doucement Kylian à sa blondinette — si tu veux savoir, oui la première fois que je t’ai vue, j’ai tout de suite remarqué ta coiffure... Mais je peux te jurer qu’ensuite, lorsque je t’ai revue au parc, ce ne sont plus du tout tes cheveux qui me plaisaient...

    — C’est bon, l’interrompt Vanessa d’une voix honteuse, — arrête de te justifier alors que c’est moi qui suis en tort...

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    — Bah non, c’est moi !

    — Non, c’est moi !

    — Bah non.. C’est moi !

    — C’est nous deux alors ! Ne peut s’empêcher de conclure la jeune fille en riant timidement.

    — Ouai.. Si tu veux, c’est nous deux... mais maintenant tu te lèves de ce banc et tu viens avec moi ?

    C’est le cœur battant que Vanessa obtempère, bien décidée à être le nouvel amour de ce garçon déchiré et solitaire.

    Non, elle ne le laissera pas à une autre.

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    Tendrement, elle se love donc contre lui, un doux sourire dessiné sur le visage, tandis qu’il la regarde en lui offrant la même affection.

    Emma est partie et elle ne reviendra jamais.

    « Si tu continues à vivre dans le passé, tu ne t’en sortiras jamais, il serait tant que tu imprègnes ».

    Ces phrases résonnent encore dans l’esprit du jeune homme pour lui faire réaliser beaucoup de choses.

    Il est vivant et il possède un trésor que bon nombre de personnes n’ont pas sur cette terre : une famille aimante, des amis exceptionnels et une petite amie attentionnée.

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    Il serait donc peut-être temps qu’il arrête de faire l’enfant gâté et remercie le ciel pour ce qu’on lui offre au quotidien ?

     

     

     

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    Ce soir, l’ambiance n’est pas des plus langoureuses dans l’appartement Cobain, puisque Tiphanie et Kurt semblent s’agacer mutuellement depuis quelques minutes...

    Depuis que Tiphanie s’est décidée à discuter de l’éventualité qu’ils aient un enfant ensemble.

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    Kurt s’est brusquement senti très mal devant ce sujet de conversation, car être parent était la dernière de ses préoccupations aujourd’hui. Il était bien trop jeune pour cela ! Lui et son épouse avaient la vie devant eux pour se menotter à la maison avec un rat en couche-culotte qui chie et beugle la nuit...

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    — Tu veux que je te dise quel est ton problème Kurt ? soupire Tiphanie,

    — Tu m’énerves, je te dis que je veux pas d’enfants pour l’instant, c’est pourtant pas compliqué à comprendre merde !

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    — Tu es tellement immature !! Si je te suis, on aura un enfant dans dix ans, et encore...

    — Et toi ton problème c’est que tu ne fais que copier Hanz et Elo ! Si tu crois que j’ai pas compris ton petit manège, tu te trompes !

    — Comment ça ??

    — Ben tu es frustrée qu’ils soient en train d’essayer de faire un enfant et donc tu veux qu’on s’y mette nous aussi, car tu fais la course avec eux !

    — Mais n’importe quoi !! Cette idée me travaille depuis longtemps vois-tu ! Par contre j’avoue que oui, j’ai été très vexée qu’Elo m’annonce qu’ils allaient s’y mettre EUX ! Parce-qu’Hanz LUI, et bien il a été ravi quand sa chérie lui a proposé de faire un heureux événement ! Ton frère est tellement plus mature que toi, cela ne te vexe jamais ?!

    — Non parce que lorsque l’on compare nos vies, tu m’excuseras, mais ! Et moi avec mes études, je ne peux pas me permettre d’avoir déjà un rat qui m’empêchera de dormir la nuit ! 

     — Ce rat, et bien ce sera TON enfant ! Et je suis certaine que tu en seras gaga !

    — Peut-être, mais on a pas le temps pour ça !! Moi je suis en cours toute la journée et toi tu bosses !

    — J’aurai un congé maternité, comme toutes les mères ! Et ensuite il sera à la crèche, AVEC MOI ! C’est pas le paradis, ça ?

    — Oui, mais même ! Ça empêche pas qu’il ne fera que nous beugler dans les oreilles, bouffer et chier ! Avec un gosse on pourra plus dormir la nuit ! Tu m’excuses, mais moi j’ai besoin de mes nuits de sommeil, car je bosse vraiment la journée et je fais pas que jouer avec des gamins !

    — Parce que moi je fais que jouer avec des gamins ? Sympa !

    — Bah jusqu’à preuve du contraire, c’est ça, auximachin de puéritruc !

    — C’est « Auxilière de puériculture » !

    — Pas grave, c’est pareil !

    — Pffft, tu me fatigues on peut rien te dire, t’es un gamin qui aura toute sa vie 12 ans d’âge mental !!

    La voix de sa femme est soudain chargée de tristesse et s’en rend aussitôt compte. Il tente donc de la rassurer,

    — N’importe quoi... Laisse-moi juste finir mes études et puis ensuite on se fait une armée de monstre, je te le jure sur ma vie..

    — Ouiiiiiiiii d’accord mon cœur, ironise brusquement Tiphanie avec un sourire forcé et moqueur, — attendons la fin de tes dix ans d’études ! Comme ça on aura quarante balais, ça sera génial ! Quand notre RAT, comme tu l’appelles si bien, aura dix ans, et bien nous en en aura cinquante ! C’est trop la classe ! Et puis quand il en aura vingt, nous on sera presque bons pour la maison de retraite, OYEAH ! J’adore !

     

     

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    Le lendemain, vers la fin d’après-midi et après deux heures de répétitions, un petit groupe d’amis s’accorde une pause pour discuter de leur prochaine soirée qui approche a grand pas.

    L’ambiance est des plus détendues, car ce soir ils jouent a nouveau au Sabaï : leur dernière représentation ayant beaucoup plu au gérant de l’endroit, celui-ci les a réinvités dans son établissement.

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    Tout le monde ici est donc très enthousiaste, sauf Yann qui dissimule derrière un sourire forcé, une mauvaise humeur évidente qui a commencé a apparaître dès que Vanessa est arrivée au local, accompagnée de sa meilleure amie... Tania.

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    Tania. Cette idiote insipide qu’il ne peut plus voir en peinture.

    Il est furieux de voir cette pimbêche traîner dans le coin, parce que selon lui, cette conne n’a pas sa place entre ces murs.

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    En plus, tout le monde semble l’adorer, cette connasse ; et c’est bien ce qui frustre le plus Yann aujourd’hui. Il est certain que son ami Romuald ne cherche qu'à la mettre dans son lit et à cette pensée, il a une envie furieuse de lui coller son poing dans le nez.