• 023

     

    *

     

    Quelques heures plus tard, Kylian est en cours, déjà épuisé par cette semaine qui ne fait pourtant que débuter.

    Il doit encore tenir 5 jours ainsi...

    Vous n’auriez pas une corde pour lui ?

    Allez, soyez pas rats, un petit geste pour votre prochain, svp...

     

     

    *

     

     

    023

    A quelques kilomètres de là, en plein centre-ville, Vanessa est une nouvelle fois confrontée aux critiques impitoyables de son chèr producteur, Lothar Campbane.

    — Tu m’as entendu ? La sermonne-t-il avec violence, comme il le fait toujours lorsqu’il est contrarié et mécontent.

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    — Oui... lui soupire-t-elle en baissant les yeux.

    — Et encore heureux qu’on en ait sorti que mille !

    Les Singles de la jeune fille ont fait un bide total dans les bacs. Elle n’en a vendu qu’une petite centaine, faisant ainsi perdre une certaine somme a sa maison de disque.

    — Je suis désolée...

    — Tu peux l’être ! Oh oui tu peux ! Car tout ça, c’est ta faute ! Madame « Je veux écrire mes chansons Lothar, non je ne veux pas qu’on écrive pour moi, je veux faire moi-même ! S’il te plaît Lothar ! Laisse-moi tout faire ! »

    — Je suis déso...

    — Désolée ! Oui ! Je sais. Tu ne sais dire que ça toi de toute façon ! « Je suis désolée » ! Tu devrais te la faire tatouer sur le front cette phrase ! Comme ça tu n’auras même plus besoin de m’adresser la parole !

    — Lothar...

    — Écoutes Vanessa, se calme doucement le manager de la jeune fille en essayant de retrouver son calme — tu sais, dans la vie, il y’a ceux qui inventent, ceux qui suivent, et ceux qui croient pouvoir inventer...

    La réflexion est blessante, mais la jeune fille préfère garder le silence. Elle perdrait son temps à réfuter ces arguments, car Lothar a toujours le dernier mot de toute manière... Et puis c’est lui qui gère sa carrière, alors c’est lui qui parle, décide et ordonne.

    — Tu ne vas plus rien écrire désormais, finit-il enfin par lui annoncer, — j’espère que tu as imprégné ?

    — C’est noté...

    — Et puis arrête de me faire cette tête de chien battu. Je dis ça dans ton intérêt.

    — C’est certain...

    — Si tu n’as rien à ajouter, on va en studio ?

    — D’accord...

    Elle l’énerve tellement à ne faire qu’acquiescer sans arrêt.

    Une personnalité. Voilà ce qu’il lui faut. Quelque chose qui la caractérise. Quelque chose qui la définit. Un style. Une façon d’être. Une attitude unique. C’est ce qu’il aimerait réussir à faire apparaître dans cet être introverti...

     

     

    *

     

     

    Enfin.

    L’heure de la pause déjeuner a enfin sonné.

    L’heure où tous les étudiants quittent avec empressement leurs salles de cours.

    L’heure de la liberté !

    L’heure où l’on retrouve ses amis pour se concerter afin de savoir où l’on va manger aujourd’hui. L’heure des retrouvailles pour les camarades séparés par des classes différentes. L’heure des ragots. L’heure de critiquer l’épisode de la série putride qu’on a vu la veille.

    — Bah il sait pas ce qu’il perd Amnésia, t’en fais pas pour ce looser va ! Console le jeune Lyn à son amie rouquine qui s’est gentiment fait remercier par ce garçon qui l’avait séduite en boite de nuit, il y’a quelques jours.

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    — Ouèp, il fait son malin parce qu’il a pas un rôle de figurant lui, alors il se sent plus, mais c’est clair qu’il sait pas ce qu’il perd ce bouffon ! Confirme la jeune fille avec fierté en gardant toute sa dignité. Après tout, elle n’attend rien de ce petit péteux à queue de cheval... Parce que de toute manière, elle a toujours préféré les blonds.

     

     

    *

     

     

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    — Tif ? Ah, mais tu tombes mal parce que je débauche là ! Grommelle Kylian dans le combiné de son téléphone portable. Il sort à peine de sa salle de cours et traverse lentement, tel un mollusque fatigué, le couloir qui mène a la sortie de l’établissement.

    — C’est important, maman m’a appelée ce matin et je dois t’en parler.

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    — Gné ? J’aime pas quand tu parles comme ça toi, tu me fais peur !

    — Kyle... Bon, je vais aller droit au but, ça sera plus facile pour tout le monde.

    — Vas-y, accouche ma grosse ! Taquine le frangin à sa sœur bien-aimée.

    — C’est Lorelei. Elle a eu.... disons...

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    — Quoi Lorelei ?? Qu’est-ce qu’elle a eu ? Panique brusquement Kylian en sentant son cœur faire un bond violent dans sa poitrine — de quoi ?? De quoi ??

    — Déjà tu te calmes, et puis ensuite tu te dis que tu n’y pouvais rien de toute manière...

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    — Un accident ? Elle a eu un accident ? C’est ça.. ? Elle est à l’hosto ? File-moi l’adresse, je vais aller lui apporter des fleu...

    — Ça ne sera pas la peine Kylian...

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    C’est sans doute à ce moment-là qu’il a compris où sa sœur voulait en venir.

    C’est sans doute à ce moment-là qu’il a brusquement senti le sol se dérober sous ses pieds.

    C’est sans doute à ce moment-là qu’il s’est finalement senti le plus seul au monde.

    Le plus idiot.

    Le plus inutile.

    — Kyl ? Tu es encore là ?

    Physiquement ? Oui. Psychiquement, c’est une autre histoire.

    Il est perdu dans ses pensées.

    — Kylian.. Je sais que c’est dur, mais tu vas devoir être fort. Et puis on est là nous, hein.. Ça te dit de rentrer avec Kurt et de venir à la maison manger avec nous ce soir ? 

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    — Qu’est-ce qui lui est arrivé ? Elle a eu un accident ? Où ? Quand ? Comment ?

    Sa voix est devenue mécanique et tremblante.

    Il essaie de réaliser... En vain.

    Qu’essaie de lui annoncer sa sœur ?

    Il ne veut pas comprendre son message.

    Il est brusquement devenu idiot et il ne comprend plus rien.

    — Elle s’est suicidée en se jetant du haut de son immeuble.

    Accuser le coup ? L’expression est faible pour expliquer la torpeur dans laquelle l’adolescent est désormais plongé. Toute sa vie et ses souvenirs se mettent a défiler rapidement sous ses yeux. Il la revoit. L’amie de toujours. La probable amante, tendre et amoureuse. La jolie jeune fille, douce et chaleureuse, qu’il a rejetée la veille, sans aucune vergogne.

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    — Kylian ? lui fait soudain une voix calme qu’il pense reconnaitre.

    Kurt ?

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    Celui-ci semble s’avancer vers lui en passant la porte battante de leur université, pour le rejoindre sur le perron.

    Il affiche son habituel air calme et posé.

    — Tu vas rentrer avec moi, d’accord ? reprend-il une fois qu’il est arrivé a ses côtés.

    Il semblerait que tout son entourage soit déjà au courant de la situation... Puisqu’ils semblent tous vouloir le choyer et le consoler de la perte de sa meilleure amie... Ou plutôt du meurtre.

    Oui.. Du meurtre !

    Parce que c’est lui qui l’a tuée !

    — Je vais te laisser, j’ai entendu la voix de Kurt, reprend Tiphanie dans le combiné — rentre avec lui, Kylian. A tout à l’heure ! Bisous.

    Elle a raccroché, mais l’adolescent a toujours son téléphone collé à son oreille. Il n’est plus conscient de ce qui se dit ou se passe autour de lui. Il ne pense désormais plus qu’à une seule et unique chose : il n’est qu’un vulgaire meurtrier. Un assassin de la pire espèce.

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    — Tu peux raccrocher, lui conseille tranquillement son beau-frère, planté devant lui — elle n’est plus à l’autre bout du fil...

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    — Je l’ai tuée Kurt... gémit soudain Kylian d’une voix faible qui semble sortir du plus profond de ses entrailles.

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    — Rectification Kyle, « elle » s’est tuée. En se jetant du haut d’un immeuble... C’est tragique, mais tu n’y es pour rien.

    — Hier, je l’ai envoyée balader et... bref c’est ma faute... C’est vraiment à cause de moi si...

    — Je t’ai dit de poser ce téléphone.

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    — Mais je m’en fous de ce téléphone !!

    D’un geste violent, il envoie l’objet valser a quelques mètres en face, pour qu’il s’explose contre l’une des colonnes de l’établissement.

    — Kylian, ou « comment exploser trois cents balles en trois secondes. » soupire Kurt, l’air désabusé,

    — Ta gueule !!!

    Il ne devrait pas reporter toute sa colère sur son beau-frère ; sachant que celui-ci n’est là que pour le soutenir ; il le sait bien, mais c’est plus fort que lui. Il doit déverser sa rage sur quelqu’un.

    — Circulez, y’a rien à voir, annonce froidement Kurt à quelques étudiants curieux qui se sont discrètement rapprochés pour assister à cette scène désormais bruyante.

    L’air glacial de Kurt les impressionne rapidement et la foule se dépêche de se disperser.

    Désormais seul sur le perron, Kurt attrape vivement son beau-frère pour le ramener contre lui et le consoler.

    — Tu n’es pas responsable, c’est tout ce que tu dois retenir... Maintenant, si ça te dit, on va a la maison rejoindre Tiphanie et on passe l’après-midi tous les trois. Tu as des cours importants ou tu peux te permettre de sécher ?

    L’adolescent ne répond rien, préférant laisser sa tête reposer sur l’épaule de son beau-frère pour mieux se laisser bercer par ses souvenirs.

    — Je prends ton silence pour un « oui, je peux sécher, parce que moi Kyky je sèche toujours de toute façon !! », reprend alors Kurt avec un petit rire pour remonter le moral de son comparse.


  • 024

     

     

    *

     

    Ce soir, Kylian a décidé d’appeler sa petite amie pour la prévenir qu’il ne passera pas chez elle comme prévu.

    — J’suis désolé, s’excuse-t-il timidement dans le combiné de celle-ci — mais ma sœur me séquestre chez elle là, elle doit vraiment penser que je vais aller me buter moi aussi...

    — Tu n’as pas a être désolé Kyl, le reprend rapidement Vanessa, — c’est plutôt a moi d’être désolée pour toi... Ça va ? Tu tiens le coup ? Tu m’appelles si tu as besoin de parler, hein ? Tu ne restes pas seul à te morfondre surtout !

    — Oh, mais t’inquiètes, je ne suis pas seul là, ces deux boulets me lâchent pas d’une semelle ! C’est l’enfer !

    — Ils sont gentils de s’occuper de toi comme ça. Tu as de la chance de les avoir.

    — J’avoue, mais ils sont chiants. Et tu me manques.

    — Toi aussi tu me manques, mais je vais devoir te laisser, j’ai de la visite.

    — Hein ? Qui ?

    — Sois pas jaloux, c’est juste mon père.

    En effet, le concerné se tient debout, les bras croisés, devant elle.

    Il affiche un air prétentieux et hautain.

    Il est sûrement venu la sermonner et la rabaisser, comme d’habitude.

    — OK, je te laisse alors. Je t’embrasse et je t’appelle demain ? conclut alors Kylian pour terminer sa conversation.

    — D’accord. Je t’embrasse aussi. Bisous.

    Sur ce, Vanessa raccroche, stressée d’avoir du abréger sa discussion avec son petit ami pour que ce son père n’ait pas à en entendre des bribes. Oui, elle ne veut rien lui partager, il n’a rien à savoir de sa vie privée ! Elle le déteste.

    — Qu’est-ce que tu veux ? lui demande-t-elle, l’air las.

    — Je suis au courant... pour tes disques.... commence-t-il en se retenant de pouffer de rire.

    — Et ?

    — Et c’est pitoyable, non ?

    — Oui, et ? Tu as monté cet escalier branlant pour venir me dire ça ? Wouah !

    — Oui, j’ai gravi ton escalier miteux pour te balancer ça ! Parce que tu es pitoyable ! Tu te rends compte que tu es encore plus mauvaise que les sortants de la Star Academy ?

    — Si tu n’as rien d’autre à me dire... Tu peux t’en aller.

    — Je suis chez moi ici, jusqu’à preuve du contraire.

    — Oui, mais c’est ma chambre...

    — Qui est dans ma maison.

    — Oh et puis reste si ça te chante, tu me fatigues... Installe-toi confortablement et critique-moi ! Prends ton pied !

    — J’ai parlé un peu avec Lothar.

    — Tiens donc.. Je pensais que tu n’en avais rien à faire de cette fille inutile et sans talent ? Mais tu vas pourtant chercher des informations sur moi chez Lothar ! Intéressant...

    — Il m’a dit quel était ton problème.

    — Évidemment, j’ai tous les problèmes du monde, c’est bien connu !

    — Ton souci c’est que tu n’as rien ! Que tu n’es rien et ne dégages rien.

    — On se demande de qui je tiens ça ! Tu as une idée ?!

    Sur cette question emplie de haine et colère, elle s’est avancée devant cet homme qu’elle déteste depuis maintenant plus d’une dizaine d’années... depuis qu’elle lui a annoncé qu’elle aimerait faire de la chanson sa carrière en fait.

    — Abandonne ce rêve stupide Vanessa, c’est tout ce que j’ai à te dire. Regarde-toi dans le miroir et réalise que tu n’es pas faite pour ça. Tu es mignonne et as une voix potable, c’est vrai, mais des bombes qui chantent bien, il y’en a des milliers ! Et elles, elles savent accrocher un public, elles savent émouvoir !

    — Je t’emmerde !

    Elle l’a cherché. Une violente gifle s’abat brusquement sur sa joue.

    — On va t’envoyer au marché vendre des bananes, là au moins tu serviras à quelque chose, lui lance son père avec mépris avant de quitter la pièce d’un pas rapide.

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    Vanessa le laisse s’en aller sans rien lui prononcer de plus.

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    Elle le déteste tellement lorsqu’il est ainsi, à ne jamais vouloir croire en elle en ne cherchant qu’à l’enliser toujours un peu plus dans ses échecs.

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    Pourtant, et malgré le fait qu’il ne vive que pour la rabaisser quotidiennement, son plus grand rêve reste de réussir, un jour, à le rendre fier son unique progéniture.

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    Perdue dans ses pensées, elle ne réalise la présence de sa mère que lorsque celle-ci s’annonce soudain joyeusement

    — Coucou, c’est la police !

    — coucou maman ! réagit aussitôt Vanessa, le cœur encore serré et le visage sali par un mascara même pas waterproof.

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    — J’ai vu ton père aller se jeter dans le canapé pour grogner devant la télé ! Vous vous êtes encore accrochés ?

    Vanessa hoche la tête pour confirmer à sa mère qu’elle ne se trompe pas.

    — Et c’est à cause de lui que tu pleures... Mais ma chérie ne te met pas dans des états pareils, tu sais qu’il se fait juste beaucoup de soucis pour ton avenir.

    — Il.. Il m’a dit que je ne suis rien et ne dégage rien...

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    — Ne le prend pas au premier degré, tu sais bien qu’il est très maladroit quand il s’exprime... Je suis certaine qu’il n’en pense pas un seul mot.

    — C’est Lothar qui le lui a dit...

    — Lothar est brutal, car c’est son métier de te pousser en avant ma chérie.

    — Je leur montrerai à tous ce que je vaux... Je n’abandonnerais pas...

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    — J’espère bien mon ange, tu es douée, n’en doute jamais. Et pour changer de sujet, hier soir, tu as découché non ? Tu as un nouveau petit copain, ça y’est ? C’est plus Ulrich j’espère.... hein ? Non parce que moi Ulrich... Tu sais ce que j’en pense !

    — C’est pas Ulrich, ne t’inquiète pas !

    — C’est qui alors ? Il s’appelle comment ? Tu nous le présentes quand ? Il habite où et il fait quoi dans la vie ? Il est mignon ? Gentil ?

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    — Il s’appelle Kylian, il est étudiant et habite dans la cité universitaire « Suche Nach » ! Et oui il est tout ce que tu dis ! Mais je ne t’en dirai pas plus, car sinon tu vas vouloir me le piquer !

    — Quoiiii ? Fille indigne va ! Bah zut alors, moi qui pensais que j’allais pouvoir remplacer ton bœuf de père !

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    Vanessa retrouve le sourire. Comme toujours dès que ses pensées reviennent sur son petit ami.

    — Je te le présenterais. Tu vas voir, tu vas l’adorer, il est génial !!!

     Réalisant à quel point parler de son compagnon la rend heureuse, Vanessa commence à se demander si ce n’était pas là que se dissimulait le fameux petit quelque chose qu’elle ne possédait pas encore lorsqu’elle se trouvait devant un micro.

    Et si elle se servait de ce qu’elle ressent pour Kylian pour chanter pour lui ? Vu les sentiments qu’elle éprouve pour lui, elle n’aurait aucune chance de sortir un titre fade !

     

     

     

    *

     

     

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    Trois jours plus tard, la famille Gutter a l’impression de revivre une scène déjà vécue par le passé...

    Peu après la fin de la cérémonie pour l’enterrement de Loreleï.

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    En effet, Kylian est à nouveau assis sur une tombe, en silence.

    Exactement comme à l’époque... Lorsqu’il avait dû enterrer son Emma.

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    — Je saurai même pas trouver les mots pour le consoler... soupire tristement Sacha, les yeux rivés sur son fils assis devant lui, a terre, — le sort s’acharne sur lui décidément, ça en devient injuste...

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    — Il faut pas qu’on le laisse seul, informe Claire a sa petite famille — quelqu’un va le chercher ? Il ne doit pas rester seul dans un tel moment ! Il faut qu’on soit là.

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    — Je le laisse encore un peu et j’y vais, lui répond Tiphanie, avant de reprendre pour la rassurer — Kylian est fort, il en a vu d’autres... Je sais qu’il se relèvera cette fois encore.

    — Ouaip, c’est un coriace Kyle, confirme calmement Kurt pour soutenir sa compagne, — il va bien, enfin de ce qu’on a vu pendant ces trois jours, il va bien. Il tient le coup, on a pas de soucis a se faire... Il rebondit toujours ce petit, encore mieux qu’une balle de ping-pong !

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    Vanessa ne perd pas une miette de la conversation, de là où elle est.

    Debout, a quelques mètres de la famille Gutter, elle observe elle aussi son petit ami, les yeux emplis d’amour et de tristesse pour ce qu’il doit ressentir en ce moment.

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    — Ce que je trouve dégoutant, continue tout bas Claire pour éviter que l’adolescent devant eux entende ses dires — c’est qu’ils ont mis Lorelei à côté d’Emma... J’ose pas imaginer ce que ressent Kylian devant ces deux tombes..

     

    ERA — Don't you forget ♪

     

    — Would you help me?

    — Sure, i will help you.

    — Are you always gonna be there when I grow up?

    — Cross my heart.

     

    — J’avoue que... vient essayer de compléter Sacha, avant de tomber rapidement a court d’arguments : il est vrai que la vision de ces deux tombes côte à côte, doivent blesser profondément le cœur de cet adolescent déjà meurtri par un passé bien douloureux.

     

    — Vas-tu m’aider ?

    — Bien sûr, je vais t’aider.

    — Et est-ce que tu seras toujours là quand je grandirai ?

    — Du fond de mon cœur.

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    — Vanessa ? Fais soudain Tiphanie en se rapprochant de la concernée, — c’est bien toi, Vanessa, n’est-ce pas ?

    — Eeeuh.. Oui, lui répond timidement celle-ci, — mais comment est-ce que...

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    — Comment est-ce que je sais que c’est toi ? L’interrompt son interlocutrice, avant d’ajouter, — hummm... Par mon frère tout d’abord et puis... Mon petit doigt m’a révélé le reste !

    Elle ressemble tellement à Emma... constate sans difficulté Tiphanie en observant la blondinette de la tête aux pieds.

    — Je vais y aller.. Dit tout bas Vanessa en se sentant soudain terriblement mal a l’aise, — j’ai pas grand-chose a faire ici, car je pense qu’il aura surtout besoin de sa famille... 

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    — Détrompe-toi ! Kylian a tout autant besoin de toi que de nous ! Tu viens avec moi ? On va le voir ! Il a assez ruminé seul, il faut le bouger avec un treuil maintenant !

    — Mais je...

    — Allez on y va ! insiste Tiphanie en s’avançant vers son frère — et puis arrête de faire ta timide avec moi ! Je suis ta belle-sœur hein !! 

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    — D’acc.. D’accord.. Essaie de sourire Vanessa en la suivant pour rejoindre Kylian.

    Cette fille a du punch, de la personnalité et de la vivacité, songe-t-elle en chemin, en observant sa comparse. 

    — Yataaaa mon chou, chantonne vivement la brunette en arrivant auprès de son frère, — tu bouges maintenant ? Où je reviens squatter près de toi, comme à l’époque ? Rappelle-toi que je suis relou quand je m’y mets !

    — J’arrive dans cinq minutes, lui répond simplement Kylian d’une voix faible et à peine audible.

    — Ah non, ça marche pas avec moi le coup des « cinq minutes » mon coco, tu sais bien que c’est pas au vieux singe qu’on apprend a faire la grimace ! 

    Don't you forget about me ?

    Don't you forget about me ?

    We were soft and young

    In a world of innocence 

    024 

    Sur ce, elle se dépêche de s’asseoir à ses côtés, exactement comme à l’époque.

    « Parce qu’il n’est pas seul. » 

    Ne m’oublies-tu pas ?

     Ne m’oublies-tu pas ?

     Nous étions jeunes et naïfs.

    Dans un monde d’innocence.


  • 025

    025

    — Je suis maudit Tif, non ? Gémis Kylian avec détresse.

    — Humm, dans ce cas nous sommes tous un peu maudits mon chou, la vie n’est semée que d’embûches, que nous surmontons à chaque fois et grâce a nos proches...

    — En fait, j’suis le gars qu’il ne faut surtout pas aimer, j’apporte le malheur à ceux qui s’approchent de trop près. Je suis une gangrène 

    Don't you forget about me? Don't you forget about me?

    Don't you forget our dreams?

    Now you've gone away

    Only emptiness remains

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    — Kylian, tu es dingue de dire des choses pareilles, c’est idiot... intervient tout bas Vanessa,

    — Bah non c’est pas idiot, vient ironiser Tiphanie pour taquiner la bêtise de son jeune frère, — C’est Kyky qui a tsunamis, Ebolas et le Sida, t’étais pas au courant ?

    — La ferme !! grogne Kylian, vexé par ces moqueries alors qu’il est au plus bas.

    — Qui était-ce ? Demande calmement Vanessa en jetant un regard vers la tombe de gauche, celle sur laquelle le regard de son petit ami se pose très souvent — une amie ? Une proche ?

    — Emma ? lui répond rapidement Tiphanie, — hum, attends voir...

    Ne m’oublies-tu pas ? Ne m’oublies-tu pas ?

    N’oublies-tu pas nos rêves ?

    Maintenant que tu es parti

    Il ne reste que du vide.

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    Brusquement, la brunette glisse sa main dans la poche de son frère pour en extraire le porte-feuille du concerné telle la plus habile des pickpockets.

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    — Humm... Voilà des photos ! clame-t-elle à la blondinette — ce montage qu’il a fait avec ses mimines regarde, c’est Emma ! Bon le montage est supra moche, mais c’est Kyky qui l’a fait quand même, et c’est au moins niveau CP, alors on respecte !

    — Rends-moi ça, lui grogne un Kylian vexé qu’elle se ose fouiller de cette manière dans ses petites affaires, — t’es chiante, mêle-toi de tes fesses !!

    — Elle est jolie... constate Vanessa en jetant de rapides regards vers le montage froissé et promené à droite et à gauche par ce frère et cette sœur qui se chamaillent comme deux gamins — mais était-ce, cette Emma ?

    Kylian et Tiphanie arrêtent brusquement leurs enfantillages pour s’immobiliser en silence.

    Ils n’osent pas lui répondre pour lui apprendre le rôle qu’a joué celle dont elle parle à l’époque.

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    — OK, c’est ce que je pensais... reprend alors Vanessa, face à ce silence qui en trahit beaucoup, — je comprends tout maintenant...

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    La blondinette reprend après un long blanc, d’une voix faible et emplie de douleur 

     — Qui l’aurait cru... Tu t’es fait manipuler par une coiffure Kylian...

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    — Ne dis pas n’importe quoi Vanessa, intervient rapidement Tiphanie, 

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    — Kylian.. ? Souffle Vanessa en dévisageant le concerné avec une tristesse infinie dans les yeux — est-ce que...

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    — Je... Je... hésite a répondre celui-ci, un peu perturbé par cette question trop franche a laquelle il ne sait mentir, — oui... je pense que oui...

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    — Merci d’avoir été honnête, reprend la voix tremblotante de Vanessa.

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    Elle est au bord des larmes et Tiphanie s’en rend bien compte, alors elle se dépêche d’intervenir a nouveau, 

     Attends, le passé, c’est le passé, et puis Kyle dit beaucoup de bien de toi, il m’a saoulé avec ton prénom et tout et...

    — Et elle a raison, vient la couper brusquement Kylian, bien conscient que lorsqu’il l’a aperçue ce soir-là, au Reflex, ce n’était pas vraiment Vanessa la blondinette qu’il admirait devant ce micro, mais plutôt le sosie blond de son Emma.

    — Sur ce, je vais vous laisser... finit par laisser tomber Vanessa pour conclure, avant de s’éloigner d’un pas rapide vers la sortie du cimetière.

    025

    Elle en a assez vu et assez entendu.

    Elle n’a été qu’un jouet et substitution pour celui qu’elle commençait à l’apprécier de plus en plus au fil des jours. Elle a envie de fondre en larmes, car elle se sent trahie et terriblement humiliée.

    Un jouet... Elle n’a été qu’un jouet.

    Une simple poupée coiffée juste comme il fallait pour tenir un rôle. 

    — C’est pas la copine de Kylian qui s’en va là ? s’étonne Sacha au milieu des siens. Ils sont maintenant tous debout en cercle, à l’extérieur du cimetière. 

    — Si, lui confirme son épouse, sans bouger d’un millimètre cependant.

    — On peut dire qu’elle aura pas fait long feu celle-là, ça fait à peine une semaine qu’ils sont ensemble, intervient Kurt,  

    025

    — Et merde, crie Tiphanie en se relevant vivement du sol — Vanessa ! Reviens !

    — Laisse... lui ordonne son frère dans un soupir chargé de désespoir — elle a raison, je suis un salaud...

    — La ferme, le cingle méchamment sa sœur — tu en dis encore une du genre et je t’en colle une !

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    — Je ne l’ai approché que parce qu’elle... persiste quand même le têtu, toujours sur ce ton qui agace profondément son interlocutrice.

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    — Kylian, mon chou, reprend Tiphanie en essayant de garder son calme — Emma c’est le passé ! Capiche ? Emma est morte et plus rien ne te la ramènera. Plus rien. Il est vraiment temps que tu imprègnes ça, sinon tu ne t’en sortiras jamais !

    Kylian ne trouve rien à répondre à cela. Il préfère garder le silence.

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    Tiphanie reprend alors, d’une voix plus chaleureuse et avec un sourire

    — Elle a l’air chouette cette fille, moi je l’aime bien. Alors je vais aller la rattraper pour te la ramener ! Parce que pour une fois depuis quatre ans, tu te tapes pas une pétasse, mais quelqu’un de bien qui à l’air parfait pour toi !

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    Sur ce, la jeune femme brune détale comme un lapin pour sortir du cimetière, sous le regard abasourdi de son petit frère qui ne sait plus a quel saint se vouer.

    Emma est partie et ne reviendra plus.

    Finalement il réalise que sa sœur vient de lui lancer en plein visage son seul et unique souci dans la vie : celui qui lui pourrit l’existence depuis quatre ans...

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    Son visage commence à s’inonder rapidement de grosses larmes, sans qu’il ne s’en rende vraiment compte, parce que désormais, il voit clair sur son passé, son présent, et sans doute son futur.

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    Emma est partie et elle ne reviendra jamais.

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      Il souffre depuis quatre ans en faisant souffrir son entourage et toutes celles qui tentent de l’aimer sincèrement, juste parce qu’il n’arrive pas a faire son deuil.

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    Vanessa.

    Aujourd’hui il a fait souffrir... Vanessa.