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    Finalement, Claire a préféré rentrer chez elle seule, refusant que son ami ne la raccompagne ; résigné, Jonathan s’en va donc passer le reste de la nuit dans un petit hôtel de banlieue, après qu’elle lui ai fait la promesse de l’appeler le lendemain pour lui donner des nouvelles. 

    Une fois arrivée devant sa petite maison, Claire se sent mal, car elle sait qu’il en train de l’attendre nerveusement ; sûrement assis sur le canapé, une canette de bière entre les doigts... 

     Elle ne l’a pas eu au téléphone, car elle a préféré laisser sonner dans le vide sans décrocher ; pourtant, elle sait qu’il l’attend.

    Elle le sent au plus profond d’elle-même. Comme s’ils ne faisaient qu’un. Il est là, à l’attendre, fou de rage et prêt à hurler tout ce qu’il peut.

     

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    — Tu m’espionnes maintenant ? demande-t-elle sur un ton naturel, dès qu’elle l’aperçoit planté, adossé contre le mur près de l’entrée.  

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    Il n’est même pas à l’intérieur, sur le canapé, songe-t-elle tristement ; il l’attend là, dans le froid de la nuit, avec un air des plus malheureux...

     Elle aurait préféré le voir hurler plutôt que de le voir comme ça aussi silencieux et malheureux.

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     — Tu vas attraper froid... souffle t-elle, honteuse, en arrivant vers lui. 

    Il ne dit toujours rien, préférant la dévisager avec une peine infinie dans le regard. 

    — Arrête... se met-elle a lui marmonner, — c’était une balade pour fêter mon nouveau job. — Toi, tu ne voulais pas sortir...  

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     — Qu’est-ce qu’il y’a Clio... arrive il à prononcer, la gorge nouée. — Pourquoi... 

    — Parce que tu ne supportes pas mon meilleur ami, et que j’avais peur de ta réaction, c’est tout. 

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     — On se cache des trucs maintenant...? marmonne-t-il les dents serrées. 

     — D’ordinaire non... Mais là, tu aurais très mal réagi, et tu le sais. 

    — C’est vrai... reconnait immédiatement Sacha en baissant la tête, avant de demander tristement — mais finalement, est-ce que tu m’as trompé ? Sois franche s’il te plaît..

     — Non... répond Claire, vexée, — c’est pas parce que je sors au Karaoké avec un ami que je vais te tromper... Tu vois, voilà pourquoi j’ai préféré te le cacher ! Tu es trop paranoïaque !  

     — Avec Jonathan, c’est normal d’être paranoïaque... Il est venu quand sur Berlin au fait ? 

    — Ce soir, dès que je lui ai annoncé que j’avais trouvé du travail, il a sauté dans le TGV pour faire la fête avec moi.  

     Sacha laisse un silence s’installer, un lourd silence, qu’il coupe lui même, quelques secondes plus tard, en marmonnant ;

    — Il est parfait avec toi, y’a pas photo... 

    À nouveau, un lourd silence s’installe, cette fois plus long que tout les précèdent...  

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     — Qu’est-ce qui nous arrive Sacha... se décide à souffler tristement Claire, pour interrompre cette atmosphère glaciale.

     — J’en sais rien...  

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     — Je pense qu’on devrait faire une pause... Un break... Qu’en penses-tu ? se décide-t-elle à proposer timidement. 

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     — Co..Comment ? Sursaute Sacha, terrifié par cette proposition a laquelle il ne s’attendait pas du tout. 

     — Sacha.. Juste un petit break, une pause pour mieux se retrouver.. Je pense qu’on a besoin de se séduire à nouveau, de se redécouvrir... Tu vois bien qu’on ne se comprend plus... 

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    — Une pause... répète-t-il en commençant à stresser... Une pause... Un break ? Une pause... Hummm.. Une pause....Un début de rupture quoi...

     — Non Sacha... J’ai pas dit une rupture... Je ne veux pas... 

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    — MAIS TU VEUX UN BREAK ! l’interrompt-il violemment, — tu veux un début de RUPTURE ! C" EST ÇA LE BREAK POUR MOI !   

    — On a pas la même notion de...

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     — NORMAL, T’AS PAS DE NOTION TOI ! l’interrompt-il encore, cette fois plus durement.

     — Si tu le dis... soupire Claire en fuyant son regard devenu plus agressif et ironique que jamais.  

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     — Non, mais tu veux un break ? OK ! poursuit-il en fulminant, avant de s’élancer à l’intérieur de la maison, l’air apparemment fou de rage.

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    — Viens !! Viens voir !! Suis-moi !! Je vais t'en donner du Break, tu vas voir !! ordonne-t-il en hurlant, une fois à l’intérieur. 

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     Terrifiée par ses hurlements, elle le suit sans hésiter ; c’est pas le moment de le contredire.

     Il est vers le salon et la cuisine : il a tourné à gauche juste après l’entrée.

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     Il va sûrement tenter de briser tout ce qu’il voit pour calmer sa colère... 

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     — Sacha... marmonne-t-elle en approchant timidement — s’il te plaît, calme-toi... 

    — BREAK ! hurle-t-il du salon — BREAK !  

    Arrivée dans le salon, elle le voit se jeter comme un sac dans le fauteuil de la pièce.

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     — Sacha... Je ne parlais pas d’une séparation.. Tremble-t-elle, les yeux humides. 

     — Je sais, tu veux un break, alors on va faire un break. Annonce-t-il tranquillement — le salon, c’est chez moi désormais. Toi, tu as notre chambre, et toutes les autres pièces de la maison, ce sont des territoires communs.

     — Je.. Je... balbutie Claire en essayant d’analyser la proposition. 

     On va dire qu’on est colocs le temps du break, voilà. Reprends Sacha avec un calme terrifiant, comme ça on perturbe pas les enfants par un divorce et un déménagement.    

    — Oui, mais... hésite à dire Claire, penaude. 

    — Mais quoi ?

     — Mais on est encore mariés, on est encore ensemble.... se décide-t-elle a souffler timidement, — alors défense d’emmener des filles ici pour te venger.. Si tu vois ce que je veux dire...

     — Pareil pour toi, souffle froidement Sacha en tournant vivement la tête vers elle — défense d’emmener l’autre connard pour te faire sauter dans notre ex-chambre ! 

      — Ça ne m’a jamais effleuré l’esprit... répond-elle en essayant de garder son calme.

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     — Très bien, alors si tu n’as rien à ajouter — je veux bien que tu quittes mes appartements maintenant, je voudrai dormir ! termine-t-il d’une voix glaciale. 

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