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    Un danger plane sur la blondinette à l'égo surdimensionné, il le sent. Tout est lié. 

    Inquiet, il se relève de son canapé et se met sur ses pas. Il doit s’assurer qu’elle va bien.

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    Poussant la porte de la pièce, il arrive dans salle centrale qui est la communication entre plusieurs salles ; rapidement, le jeune prince d'Eternia constate qu’un jeune homme blond se  rapproche de lui.

    Il possède les mêmes marques que la prétentieuse.

    Seraient-ils de la même famille ? 

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    — Bonsoir, lui fait rapidement l’étrange blondinet avec un sourire plutôt chaleureux. — je venais te voir justement... Ça va ?

    Un tutoiement ? Cela surprend évidemment Jun qui avait commencé à se dire que les Octaviens étaient tous aussi prétentieux et désagréables que la jeune princesse.

    — Eeeuh oui... réussit-il à toutefois bafouiller, l’air un peu gêné.

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    — Moi c’est Keichi, reprend le jeune blond, — et toi, Jun, n'est-ce pas? Enchanté de faire ta connaissance. Cela ne te dérange pas que je te tutoie j’espère ? Il faut pas qu’il y’ait de chichis entre nous ! 

     — Non.. Y’a pas de problèmes.. Essaie de sourire Jun, de plus en plus surpris de constater à quel point cet homme a l’air sympathique... 

    — Je suis le roi d’Octavia, reprend Keichi — je sais que tu n’es pas très au courant de tout ce qui est politique, alors.. Il termine sa phrase avec un petit sourire taquin. — Isis est ma sœur, c’est pour ça qu’on a les mêmes marques au visage. Voilà, j’ai répondu à toutes tes interrogations ! 

    Il lit en lui comme dans un livre ouvert...

    Jun en reste interloqué.

    — Tu viens ? Reprends Keichi en déviant sur la gauche — on va sur la terrasse ! Y’a pas meilleur endroit pour discuter, confortablement installés ! Et puis la vue qu'on a ! Tu va voir c'est quelque chose !

    — Je vous suis, laisse tomber Jun en se mettant timidement sur les pas du jeune roi. 

    — « Je te suis » ? le reprend Keichi, — s’il-te plaît, tutoie-moi. Tu peux me considérer comme un ami, un égal ! 

    — D...D’accord. Prononce Jun avec un sourire ; il n’en revient pas ; comment ce type peut être aussi sympathique, quand sa sœur semble être une vraie plaie ?

    — Alors la porte à gauche, ajoute le blondinet, — c’est la chambre d’Isis, puis a côté c’est la salle d’eau et enfin tout à droite ce sont mes quartiers. Surtout tu hésites pas à toquer à la porte si tu as besoin de quoi que ce soit ! 

    — Je note, je note, merci pour tout. Se contente de répondre Jun, de plus en plus à l’aise en compagnie du jeune roi. 

    — La dalle sur le sol là, tu c’est ce que c’est ? Poursuit keichi. 

    — Non ! 

    — Et bien c’est un téléporteur ! Il t’emmène à l’étage inférieur si tu mets le pied dessus ! Moderne non ? 

    — J’avoue ! Ne peut s’empêcher de s’étonner Jun en étouffant un petit rire amusé, — nous on en est encore aux escaliers !

    — Les escaliers, mon dieu, ces primates !!! Rit amicalement Keichi en poussant la porte de la terrasse.

    — Passionné d’astronomie ? Demande Jun en constatant la présence d’un télescope dirigé droit vers le ciel étoilé.

     — Passionné, peut-être pas, lui répond Keichi en se dirigeant vers l’objet, — disons que cela me détend.... Tiens, assois-toi sur un des sièges ! ajoute-t-il en désignant du doigt deux confortables transats matelassés. 

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    Obéissant, Jun s’installe alors tranquillement sur la chaise longue, pendant que son nouvel ami se presse vers le télescope.

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    — On est pas si différents que ça toi et moi, lui fait Keichi, les yeux toujours dans son engin, — nous aussi on a perdu nos parents....

    Il en sait des choses, décidément, songe immédiatement Jun avec suspicion, tout en se souvenant de ce sombre jour où il avait tué de ses propres mains son père...

    — Non, ce n’est pas ta faute, le fait soudain sursauter Keichi — arrête de te blâmer.

     — Hein ? Tu...Mais comment fais tu pour... ? 

    — Non je ne lis pas dans tes pensées, poursuit le blondinet sur un ton amusé, — mais disons que je sais sonder les gens... Voilà c’est ça. Je sonde ton esprit !

    — Tu as l’air de tout savoir sur moi... laisse tomber Jun dans un soupir — c’est presque gênant !

     — Ta présence parmi nous n’est pas un hasard, lui affirme le blondinet en redevenant sérieux — d’ailleurs moi je ne crois pas au hasard ! C’était ton destin qui t’a guidé ici, tout simplement... Car ton destin ne s’arrête pas à Stehn...

     J’un pâlit a ces mots ; ce sont les mêmes que ceux prononcés par son défunt père, dans certains de ses rêves...

    — Octavia accueille tout le monde, Octavia est grande, Octavia est généreuse, Octavia n’est pas chauvine, Octavia aime.... enchaîne tranquillement Keichi, — tu t’es dirigé ici parce que Octavia est ton chemin, Octavia est ton destin... Et tu le sais au fond de toi Jun, tu le sais, que tu n’es pas Eternien...

    — Je... Je... balbutie Jun en baissant les yeux de gêne et honte. 

    Parce que depuis toujours il ne se sent pas Eternien en gardant cette sensation de manque... Cette impression de ne pas exister sans eux, les siens, sa famille qui est morte... La triste douleur qui lui perfore le cœur si souvent lorsqu'il se réalise d’errer dans une famille qui n’est pas la sienne..

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    — Oui Jun, continue Keichi, les yeux rivés sur les étoiles, — ton chemin n’est pas sur Eternia, oui tu le ressens et le sais. Nous sommes si proches toi et moi décidément... Tous les deux, nous avons tout perdu et nous sommes les enfants d’Octavia... La mère de l’infini qui ne refuse aucune âme errante....

    Au comble de la honte, Jun ne trouve plus rien à lui répondre.

    Honte de réaliser que ce garçon lui dévoile toutes ses pensées, rancœurs et craintes...

    Honte de se faire percer ainsi à jour...

    — Et puis Isis tu l’aimes bien en plus, non ? Reprends Keichi sur un ton plus taquin désormais — je le sais ! Je te sonde bien ! Ma sœur te fait de l’effet ! 

    Jun en rougit et tente de se justifier honteusement ;

    — Non, pas du tout ! Elle a un sale caractère !

     Keichi éclate de rire, puis ajoute,

    — Je ne te le fais pas dire ! C’est un cas, Isis ! Mais elle est très gentille, mais juste méfiante ! Et puis elle est célibataire !

     À nouveau, les joues de Jun se colorent ; seigneur dieu, qu’est donc en traind 'insinuer son interlocuteur avec de telles insinuation ?!

    Lui qui est si fidèle en ne pensant qu’à Evaï !!

     Evaï...

    Jun pâlit brusquement en se souvenant de la manière dont il a lâchement abandonné sa petite amie pour s’enfuir ici...

     — Oui, tu te sens coupable pour elle ? Le fait a nouveau sursauter Keichi, — mais elle est si différente de toi... Elle est trop Eternienne pour pouvoir te comprendre. 

     Cette fois s’en est trop et Jun en devient blême ; ce type qui devine tout de lui le terrifie désormais.

     — Hey, n’ai pas peur de moi ! Reprends le blondinet — je suis ton ami. Nous sommes tes amis.. Tu es ici chez toi... Et je suppose que tu le sens, n’est-ce pas ? Octavia est si chaleureuse... Dès qu’on la rejoint, on ne peut plus la quitter...

     De nouveau réduit au silence, parce qu’il ne sait pas quoi répondre à ça, Jun préfère revenir admirer les étoiles, perplexe et indécis.

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    — Tiens, elle y retourne, fait Keichi en dirigeant son regard vers les jardins sud. — Isis. Elle va lui parler au puits, comme tous les soirs.

     Intéressé, Jun se redresse légèrement de sa chaise longue pour regarder la jeune fille marcher doucement le long du chemin dallé en contrebas.

    — Elle parle à qui ?

    — À notre mère. Lui répond calmement Keichi. — Ce puits est sacré et ils ont dit qu’il renferme les âmes des défunts, alors Isis part discuter avec elle dès la nuit tombée, et ce depuis sa mort.

     — Oh... Je suis désolé. 

    — Tu n’as pas a être désolé, car la mort, ça fait aussi partie de la vie et il faut savoir l’accepter ! Ce qu'Isis a beaucoup de mal à faire, mais c’est normal, elle reste une femme... Ironiquement, Keichi laisse échapper un petit rire, avant d’ajouter ; — c’est sensible ces bestioles-là !

     — C’est vrai, souligne doucementJun à son tour, en continuant d’observer la jeune fille qui marche doucement.

     — Va la rejoindre ? Lui propose soudain Keichi — t’en meurs d’envie, ça se voit !

     — N.. Non ! Rougis immédiatement Jun, terriblement gêné d’avoir été, une nouvelle fois, percé à jour.

     — Allez file ! Lui ordonne presque le blondinet, avec un nouveau petit rire discrèt ; il ne faudrait pas que sa sœur les entende ! — Elle te plaît et tu es déjà presque fou amoureux d’elle alors... Fonce !

     Cette fois Jun devient cramoisi et riposte ; — arrête de dire n’importe quoi !! J’ai.. J’ai déjà une petite...

     — Une petite amie, oui oui, se moque gentiment Keichi, — une copine que tu as déjà oubliée parce que Isis te hante jour et nuit !

     Le visage de Jun ne fait décidément que changer de couleurs en compagnie de son nouveau camarade ; rosé, rouge écarlate, blanc comme un linge...

     À quoi bon se mentir continuellement ? Se met-il à songer, las de réaliser qu’il a basé toute son existence sur un amas de mensonges.

     Il se mentait en se prétendant heureux et épanouit.

    Il se mentait en se prétendant Eternien de cœur...

    Il se mentait...

     Oui, il toute sa vie il n’a décidément fait que se mentir à lui-même...

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